Préparer son voyage · 28 septembre 2026 · 8 min de lecture
La saison des brûlis à Chiang Mai : quand elle arrive et comment s'organiser
Chaque saison sèche, les fumées s'accumulent dans la cuvette de Chiang Mai. Le déroulé se répète d'une année sur l'autre. Les dates et l'intensité, non.
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Chaque année, les fumées des feux de forêt et des brûlis agricoles s'accumulent dans la cuvette où se trouve Chiang Mai, en général de février à mai, parfois dès janvier. Le déroulé d'ensemble se répète : les fumées s'installent au fil de février, culminent le plus souvent en mars, puis reculent quand arrivent des pluies durables, entre la fin avril et le mois de mai. Le calendrier, lui, ne se répète pas. Les premiers jours d'air dégradé comme les derniers se décalent de plusieurs semaines d'une année à l'autre, et une saison peut être bien plus sévère que la suivante.
C'est ce qui dicte la façon de s'organiser. Le calendrier type dit quelles semaines sont les plus exposées : c'est sur lui qu'on choisit ses dates. Une fois sur place, c'est l'air lui-même, celui du jour et celui des derniers jours, qui dit quoi faire de chaque journée. Cet article traite des deux. Les questions de santé relèvent des autorités sanitaires, dont il reprend les recommandations.
Quand la saison des brûlis a-t-elle vraiment lieu ?
Il n'existe pas de date de début officielle. Chaque année, la province de Chiang Mai fixe une période pendant laquelle les brûlis à l'air libre sont interdits ou strictement encadrés, et l'on est tenté d'y voir la saison elle-même. C'est une décision administrative, et ses dates bougent : l'interdiction a commencé le 15 février en 2023, puis le 1er janvier en 2024, 2025 et 2026, et elle s'est achevée selon les années entre la fin avril et la fin mai. Elle indique quand les autorités s'attendent à des feux. Elle ne mesure pas l'air.
La mesure, ce sont les stations de surveillance qui la fournissent. L'antenne régionale du Département de contrôle de la pollution, à Chiang Mai, compte les jours où les PM2,5 (les particules fines qui servent à suivre les fumées) dépassent en moyenne sur 24 heures la norme thaïlandaise, soit 37,5 µg/m³ (voir plus bas). En 2025, le premier de ces jours est tombé le 9 janvier et le dernier le 28 avril. En 2024, le 25 janvier et le 9 mai.
Une année type se déroule ainsi.
Le pic tombe le plus souvent en mars. Une étude portant sur dix ans de mesures dans le haut Nord de la Thaïlande, de 2013 à 2022, situe en mars les niveaux de PM2,5 les plus élevés. C'est une tendance, pas une règle. En 2025, à la station de Chang Phueak, en ville, mars domine nettement : 22 jours au-dessus de la norme, contre 14 en avril. Mais en 2024, avril a été aussi mauvais que mars : 29 jours en mars, 30 en avril.
Songkran arrive après le pic habituel : on est donc tenté d'y voir la sortie de la saison. Ce n'est pas une période d'air sain sur laquelle compter. En 2024, tous les jours d'avril ont dépassé la norme à Chang Phueak, Songkran compris.
| Janvier | En général encore dégagé, sans garantie : les premiers jours au-dessus de la norme peuvent arriver dès le début du mois. |
|---|---|
| Début février | Souvent encore correct. Les jours au-dessus de la norme se multiplient à mesure que le mois avance. |
| Mi-février à fin février | La saison commence en général à s'installer. |
| Mars | Le plus souvent, le mois le plus difficile. |
| Avril | Pas forcément meilleur que mars, et certaines années tout aussi mauvais. Songkran, le Nouvel An thaï, à la mi-avril, tombe dans cette période. |
| Fin avril à mai | L'amélioration vient en général avec des pluies durables, quelque part dans cet intervalle. |
Les saisons à Chiang Mai : vue d'ensemble
Quelle sera la gravité l'année de votre voyage ?
Personne ne peut le dire à l'avance. Dans la province de Chiang Mai, le nombre de jours au-dessus de la norme nationale est passé de 114 en 2023 à 87 en 2024, puis à 60 en 2025, selon le décompte de l'antenne régionale. C'est, selon elle, moitié moins que la moyenne des cinq années précédentes. Deux baisses d'affilée ne font pas une prévision. L'antenne relie chaque saison à la quantité de végétation brûlée et à la météo, deux facteurs qui changent d'une année à l'autre.
Ces chiffres portent sur l'ensemble de la province : un jour y est compté même si seules quelques stations ont dépassé la norme. En 2025, la station de Chang Phueak, en ville, en a relevé 46, contre 60 pour la province.
Au sein d'une même saison, l'air varie aussi d'un jour à l'autre. Même en mars 2025, le pire mois à Chang Phueak, 9 jours sont restés sous la norme. La pluie peut offrir un vrai répit : après des pluies en mars 2024, le Département de la santé thaïlandais a signalé que l'air commençait à s'améliorer dans tout le haut Nord. Le répit a été bref : à Chang Phueak, tous les jours de l'avril suivant ont dépassé la norme. La saison ne se termine qu'avec l'arrivée de pluies durables.
Ce qui change pour le voyageur
Les vues. Les fumées emportent d'abord le lointain. La vue sur la ville depuis la terrasse du Wat Phra That Doi Suthep, les chaînes de montagnes qu'on verrait depuis le Doi Inthanon : c'est ce qu'elles masquent le plus sûrement. Les temples restent ouverts et les routes de montagne praticables, mais un voyage construit autour des panoramas est le plus exposé.
L'effort en plein air. Quand les particules fines sont élevées, les autorités sanitaires recommandent d'écourter ou d'alléger les activités longues ou intenses en extérieur, le seuil étant plus bas pour les personnes sensibles. La randonnée, le vélo, la course à pied ou les longues journées de marche sont bien plus concernés qu'une visite de temple ou un repas.
La chaleur. Mars et avril sont aussi les mois les plus chauds de l'année. Lors d'une journée d'effort, fumées et chaleur s'additionnent.
Les restrictions en forêt. Pendant la saison des brûlis, les autorités peuvent restreindre l'accès aux zones forestières pour prévenir les feux. Les dates et l'étendue de ces mesures changent d'une année à l'autre. Si une marche en forêt figure à votre programme, consultez les avis en vigueur pour le parc concerné avant de partir.
Ce qui fonctionne toujours. L'essentiel de la ville continue comme d'habitude : temples, marchés, restaurants, cafés, massages, un long déjeuner. Les fumées changent la façon d'organiser une journée bien plus qu'elles ne lui retirent son intérêt.
Le Doi Suthep, et quand la vue est la plus nette
Lire la qualité de l'air en 30 secondes
Regardez le chiffre des PM2,5, en microgrammes par mètre cube (µg/m³), avant l'indice. Les applications convertissent les PM2,5 en indice de qualité de l'air, mais pas toutes sur la même échelle : l'indice thaïlandais et l'indice américain attribuent à une même mesure un chiffre et une couleur différents. La concentration en µg/m³ est la seule valeur qu'ils ont en commun.
Deux repères aident. La norme nationale thaïlandaise pour les PM2,5, en moyenne sur 24 heures, est de 37,5 µg/m³ depuis juin 2023. La valeur guide de l'Organisation mondiale de la santé, fixée en 2021 pour cette même moyenne sur 24 heures, est de 15 µg/m³. Ce sont deux moyennes journalières : un chiffre horaire qui les dépasse est un signal d'alerte, pas encore une journée au-dessus de la norme. Elles servent à lire un chiffre. Aucune n'est un seuil à partir duquel nous vous dirions d'annuler.
Pour les mesures elles-mêmes, Air4Thai (site et application), géré par le Département de contrôle de la pollution, est la référence officielle. IQAir est un outil pratique en complément, pour le suivi au jour le jour ; il utilise l'indice américain et se met à jour toutes les heures.
Fiez-vous à la tendance. Un chiffre horaire peut bondir ou chuter au gré du vent. Les deux ou trois derniers jours, et le fait qu'ils montent ou baissent, en disent plus sur le lendemain que le chiffre du petit-déjeuner.
Faut-il déplacer vos dates ?
Cela dépend moins des fumées que de ce que vous venez chercher.
Si vos dates sont souples. Novembre, décembre et janvier sont en général les mois les plus dégagés, janvier étant le moins sûr des trois. Si le voyage doit tomber plus tard dans la saison sèche, mars est le mois le plus risqué la plupart des années, et c'est celui que nous déplacerions en premier. Fin février et avril sont un pari : certaines années, ils font nettement mieux que mars ; d'autres, avril est tout aussi mauvais. Mai est en général plus dégagé, sans garantie, et il fait chaud.
Si vos dates sont imposées et que le voyage est tourné vers la nature. Un voyage fondé sur les panoramas, la randonnée ou les longues sorties à vélo ou à moto est celui que les fumées peuvent vider de son sens. Gardez ces journées mobiles et préférez des réservations modifiables. Si une vue précise justifie à elle seule le voyage, c'est le cas où nous essaierions malgré tout de changer de dates.
Si vos dates sont imposées et que le voyage est tourné vers la ville. Partir quand même se défend très bien. Temples, cuisine, marchés et cafés se vivent sans difficulté un jour de fumées, et les ajustements restent modestes. L'exception concerne les personnes que les autorités sanitaires considèrent comme sensibles, évoquées plus bas.
Si vous déplacez vos dates : pluie, chaleur et fêtes des autres mois
Sur place, pendant une semaine de fumées
Rien de ce qui suit ne fait disparaître les fumées. Cela rend simplement une semaine enfumée plus vivable.
Organisez chaque journée la veille. Regardez la tendance récente, décidez en fonction d'elle de ce que vous ferez dehors le lendemain, et prévoyez une solution de repli à l'intérieur.
Choisissez la chambre pour son air. L'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) recommande de rester à l'intérieur et de filtrer l'air intérieur quand les particules sont élevées, et le Département de la santé thaïlandais conseille de limiter le temps passé dehors et de garder portes et fenêtres fermées. Concrètement, demandez si la chambre dispose d'un purificateur d'air en état de marche.
Emportez un masque filtrant bien ajusté. Selon l'EPA, un masque de type N95 (l'équivalent européen est le FFP2) bien ajusté peut aider ; un masque tenu par des élastiques derrière les oreilles, ou porté sur une barbe, n'assure pas l'étanchéité. Le Département de la santé thaïlandais recommande lui aussi de porter un masque quand les niveaux sont élevés.
Si vous faites partie des personnes sensibles. Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies cardiaques ou respiratoires font partie des publics que les autorités sanitaires jugent sensibles aux particules fines. Si c'est votre cas ou celui d'une personne qui voyage avec vous, suivez les recommandations officielles et demandez l'avis d'un médecin avant de partir pendant la saison. Cet article ne constitue pas un avis médical.
L'itinéraire de cinq jours, avec un après-midi qui peut se passer à l'intérieur
Où se loger, et quand réserver
Pourquoi les fumées envahissent Chiang Mai
Les fumées viennent pour l'essentiel des feux, en forêt et sur les terres agricoles, dans le Nord de la Thaïlande comme de l'autre côté des frontières. Le Département de contrôle de la pollution désigne les brûlis en forêt et en zone agricole comme la cause principale. Une étude de modélisation de la saison 2019 estime qu'environ 29 % des PM2,5 présentes dans la province de Chiang Mai venaient de l'extérieur du pays en moyenne sur la saison, et au moins la moitié les jours où l'air était mauvais pour la santé.
La géographie fait le reste. Chiang Mai occupe une cuvette cernée de montagnes. En saison sèche, une inversion de température, c'est-à-dire une couche d'air plus chaud posée sur l'air plus frais proche du sol, peut retenir les fumées dans la vallée au lieu de les laisser se disperser.
La saison prend fin quand le temps change. Les orages de fin avril et de mai, puis la saison des pluies, lavent l'air et éteignent peu à peu les feux. L'Earth Observatory de la NASA décrit des feux qui faiblissent dans la région avec les pluies de mai.