Des rangées de lanternes suspendues en papier, allumées, beaucoup à huit pans et à longues franges, sous un ciel bleu du soir

Histoire & patrimoine · 17 octobre 2026 · 10 min de lecture

Les lanternes de Chiang Mai : fabrication, signification et tradition de Yi Peng

Suspendues, portées, tournantes ou célestes : à Yi Peng, chaque lanterne a sa fabrication et sa raison d'être.

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Pendant Yi Peng, la fête du Nord de la Thaïlande célébrée lors d'une pleine lune, le plus souvent en novembre, la lumière qui gagne Chiang Mai vient de plusieurs objets différents. L'essentiel vient des lanternes de papier suspendues dans les cours des temples et au-dessus des rues. S'y ajoutent les lanternes portées en procession, une lanterne tournante qui projette des ombres en mouvement, de petites lampes en terre cuite allumées le long des murs et des marches, et les lanternes célestes qui s'élèvent grâce à l'air chaud. Quant aux krathongs posés sur la rivière pour Loy Krathong, à la même pleine lune, ce ne sont pas des lanternes : ce sont des offrandes confiées à l'eau.

Cet article explique comment les distinguer, comment chacune est fabriquée, pourquoi une seule s'envole et ce que ces lumières représentent dans la pratique bouddhique de Chiang Mai. Les dates, les lieux et les règles de l'année sont dans notre guide de Yi Peng et Loy Krathong.

Les lumières de Yi Peng, objet par objet

Les sources thaïlandaises ne classent pas toutes les lanternes de la même façon : les noms ci-dessous sont les plus courants, pas un système établi. Khom désigne la lanterne en thaï, et la plupart des noms disent simplement ce que fait l'objet : pendre, être porté, tourner, flotter dans l'air.

Parmi les lanternes, seule la lanterne céleste quitte le sol. C'est aussi celle dont le sens est aujourd'hui le plus discuté.

ObjetÀ quoi il ressembleÀ quoi il sert
Lanterne suspendue, khom khwaen (โคมแขวน)Papier ou tissu sur une armature de bambou, souvent à huit pans, avec de longues franges de papierAccrochée dans les temples et devant les maisons, en offrande et en décor
Lanterne portée, khom thue (โคมถือ)Petite et légère ; la plus connue, la lanterne « oreilles de lapin », s'évase vers le hautPortée en procession, puis plantée autour des salles du temple
Lanterne tournante, khom phat (โคมผัด)Un tambour de papier autour d'une armature légère qui porte des silhouettes découpéesAccrochée dans les temples pour ses images d'ombres en mouvement
Lampe en terre cuite, phang prathip (ผางประทีป)Une petite coupelle de terre cuite et sa mècheAllumée sur les murs, les marches et les autels, ou posée dans une lanterne suspendue
Lanterne céleste, khom loy (โคมลอย)Une haute enveloppe de papier, fermée en haut et ouverte en basLâchée en offrande ; la plus réglementée de toutes
Krathong (กระทง)Un petit radeau de tronc de bananier, de feuilles et de fleursPosé sur la rivière pour Loy Krathong ; ce n'est pas une lanterne

Les lanternes suspendues, celles qu'on voit partout

Les lanternes accrochées en rangées dans les cours des temples, au-dessus des portails et le long des rues sont des khom khwaen, des lanternes suspendues. Elles prennent beaucoup de formes : étoiles, losanges, simples cylindres, jarres, et celle qu'on associe le plus à Chiang Mai, une lanterne à huit pans qui se termine en pointe vers le bas et d'où pendent de longues franges de papier découpé.

Cette lanterne-là porte deux noms. En thaï du Nord, la langue du Lanna, l'ancien royaume centré sur Chiang Mai, c'est la khom hang mot som, la lanterne « nid de fourmis tisserandes », d'après les nids ronds de feuilles repliées que ces fourmis construisent dans les arbres. On l'appelle aussi khom thammachak, la lanterne « roue du Dhamma », et certains auteurs voient dans ses huit pans le Noble Sentier octuple du bouddhisme. C'est une lecture, pas une règle que suivraient tous les artisans.

Des lanternes en papier rouges, orange, bleues, vertes et jaunes, prolongées de longues franges découpées, suspendues en rang sous un avant-toit de bois sculpté, entre de petites clochettes
Des lanternes suspendues à la manière du Nord : une base en pointe et des franges de papier découpé.

Une lanterne suspendue sert d'abord d'abri à une flamme. Une petite lampe en terre cuite est posée à l'intérieur, les parois de papier la protègent du vent, et le haut reste ouvert pour qu'on puisse y glisser la lampe. Beaucoup de lanternes tendues au-dessus des rues contiennent aujourd'hui une ampoule, mais leur forme répond toujours à ce rôle. On peut aussi accrocher plusieurs lanternes les unes sous les autres pour former une guirlande verticale, la khom aew.

Comment se fabrique une lanterne suspendue

Les matériaux sont simples, et une bonne part du savoir-faire tient dans l'armature. L'artisan refend le bambou, souvent une espèce locale élancée appelée hia, en fines lamelles, qu'il cintre avant d'en ligaturer les jonctions au fil. La plus simple des lanternes, le cylindre (khom krabok), se résume à deux cerceaux de bambou reliés par une bande de papier collée. La lanterne à huit pans demande bien plus de découpe, de cintrage et de ligatures.

On habille ensuite l'armature. Le revêtement traditionnel est le papier sa, un papier artisanal tiré de l'écorce du mûrier à papier ; le village le plus connu pour le fabriquer est Ban Ton Pao, dans le district de San Kamphaeng, à l'est de la ville. On emploie aussi du papier de soie coloré et de la cotonnade écrue. Aucune des sources thaïlandaises consultées ne parle de papier de riz.

Le décor vient en dernier. On colle sur les parois des motifs typiques du Nord, découpés dans du papier doré ou argenté, comme le soleil ou la fleur à quatre pétales appelée dok ka kok. On fixe enfin sous la lanterne les longues franges qui bougent au moindre souffle.

Le Centre d'anthropologie Sirindhorn, un institut public de recherche thaïlandais, présente Ban Mueang Sat, une communauté du sous-district de Nong Hoi, au sud-est de la vieille ville, comme le plus grand foyer de fabrication de lanternes du Nord de la Thaïlande. Il cite Bua Lai Khanapanya comme l'artisane la plus connue du quartier, réputée à la fois pour transmettre les motifs anciens et pour inventer de nouvelles formes. Selon la presse locale, on y fabrique des lanternes toute l'année, pas seulement avant la fête, et l'essentiel du travail se fait encore à la main.

Les lanternes portées, et celle qui tourne

La lanterne portée, khom thue, est assez petite pour tenir à la main. La plus connue est la khom hu kratai, la lanterne « oreilles de lapin » : des baguettes de bambou plantées dans un petit socle carré en bois et écartées vers le haut, habillées de papier de couleur, avec une bougie à l'intérieur. Le Musée national de Chiang Mai décrit les fidèles qui la portent dans les processions de Yi Peng, puis la plantent en terre autour des salles du temple.

La lanterne tournante, khom phat, est la plus ingénieuse. Phat veut dire « tourner ». L'université de Chiang Mai la décrit comme un tambour de papier d'environ cinquante centimètres de large et soixante-dix de haut, tendu de papier sa ou de papier à cerf-volant blanc, un papier fin et léger. À l'intérieur, une armature plus légère pivote sur un axe central, au-dessus d'une bougie. L'air chaud qui monte de la flamme pousse sur des ailettes de papier fixées en haut de cette armature et la fait tourner : les ombres des silhouettes qui y sont fixées défilent alors sur la paroi extérieure.

Ces silhouettes sont découpées dans du papier noir. Un reportage de Chiang Mai News sur ce savoir-faire cite des scènes de la vie du Bouddha, le Vessantara Jataka (le récit de la dernière vie terrestre du Bouddha avant celle où il atteignit l'Éveil), les animaux du zodiaque et des scènes de la vie bouddhique quotidienne. Phonthep Boonmuen, reconnu maître artisan en 2018 par l'institut thaïlandais de promotion des arts et de l'artisanat, le SACIT, privilégie les douze animaux du zodiaque. La fiche que lui consacre le SACIT précise qu'une armature mal équilibrée ne tourne pas du tout.

Les lanternes célestes : pourquoi elles s'élèvent

Une lanterne céleste est une petite montgolfière. Son enveloppe de papier est fermée en haut et ouverte en bas, où un anneau léger de bambou ou de fil de fer la maintient ouverte ; au centre de l'ouverture est fixé un tampon de papier imbibé de cire qui sert de combustible. La flamme chauffe l'air emprisonné dans l'enveloppe. Plus chaud, cet air est moins dense que l'air plus frais qui l'entoure : l'enveloppe pleine d'air chaud pèse moins que le même volume d'air extérieur, et elle est poussée vers le haut. Cela ne fonctionne que parce que tout le reste (papier, anneau et combustible) est très léger.

Lanterne suspendue, khom khwaen Une lanterne de papier à huit pans, terminée en pointe, pend au bout d'un cordon. Elle est ouverte en haut pour qu'on y glisse une petite lampe en terre cuite ; les parois de papier tendues sur une armature de bambou abritent la flamme du vent, et des franges de papier découpé pendent dessous. Comme le haut est ouvert, l'air chaud s'échappe et la lanterne ne s'élève pas. Lanterne suspendue khom khwaen Ouverte en haut : ony glisse la lampe Armature de bambouhabillée de papierou de tissu Lampe en terre cuite(phang prathip) : lesparois l'abritent du vent Franges de papierdécoupé Ouverte en haut, elle laisse filerl'air chaud : elle ne bouge pas. Lanterne céleste, khom loy Une haute enveloppe de papier fin, fermée en haut et ouverte en bas, où un anneau léger tient l'ouverture. Au centre de l'ouverture brûle un combustible de papier imbibé de cire. L'air chaud retenu à l'intérieur est moins dense que l'air frais qui l'entoure : la lanterne est poussée vers le haut. Une fois le combustible consumé, l'air refroidit et la lanterne retombe. Lanterne céleste khom loy Fermée en haut : l'airchaud reste piégé Papier fin, dit papierà cerf-volant Moins dense que l'airfrais qui l'entoure, l'airchaud pousse la lanternevers le haut Un anneau léger tientl'ouverture Combustible : papierimbibé de cire Le combustible consumé, l'air refroiditet la lanterne retombe.
Schéma : la lanterne suspendue abrite sa flamme ; la lanterne céleste retient la chaleur de la sienne.

En principe, la lanterne redescend une fois le combustible consumé et l'air refroidi, là où le vent l'a portée. Mais si elle se déchire, bascule ou retombe trop tôt, elle peut atterrir encore enflammée sur un toit, un champ sec ou une ligne électrique, et l'aéroport de Chiang Mai est assez proche de la ville pour que des lanternes dérivent vers les trajectoires des avions. La norme thaïlandaise des produits communautaires (les produits artisanaux des villages) impose, pour les lanternes célestes, un papier à cerf-volant fin et une petite quantité de combustible, vite consumée. Les lieux et les heures où l'on peut les lâcher sont fixés chaque année par la province : voir notre guide de la fête.

En thaï, la lanterne céleste se dit khom loy (โคมลอย), la « lanterne qui flotte », du même verbe loy que dans Loy Krathong. On la voit aussi écrite khom loi, selon la transcription officielle ; nous gardons khom loy, comme dans notre guide de la fête. Les anciens noms du Nord distinguent deux objets. Le wao fai, le « cerf-volant de feu », est la lanterne de nuit que soulève une flamme. Le wao hom, lui, est un ballon à fumée : plus grand, gonflé de fumée chaude, il se lâche de jour. L'usage varie pourtant : certaines sources lanna réservent khom loy au ballon à fumée et appellent khom fai la lanterne de nuit. Un même mot ne désigne donc pas toujours le même objet.

Une lanterne céleste en papier qui s'élève de nuit, la flamme visible par sa base ouverte, devant des dizaines d'autres lanternes plus petites dans le ciel noir
Une lanterne céleste en papier dans les airs, la flamme allumée dans sa base ouverte, et beaucoup d'autres lanternes dans le ciel noir derrière elle.

On lit souvent, en anglais comme en français, que les lanternes célestes sont en papier de riz. Les sources thaïlandaises, comme la norme des produits communautaires, parlent de papier à cerf-volant : un papier fin et léger, choisi parce que la lanterne ne peut pas soulever grand-chose.

Ce que signifient ces lumières à Yi Peng

Yi Peng est d'abord une fête de temple, et ses lumières sont des offrandes. Les pages de l'université de Chiang Mai consacrées aux traditions lanna décrivent une fête ancienne centrée sur le temple : on y écoute le grand sermon, le tang tham luang, qui raconte l'histoire de Vessantara, et on allume lampes et lanternes pour acquérir des mérites. Le Département des beaux-arts de Thaïlande présente les lanternes, qu'on allume aussi lors d'autres fêtes bouddhiques, comme une offrande au Bouddha et comme un moyen d'attirer lumière et prospérité sur le foyer qui les offre.

Les lampes en terre cuite ont leur propre récit. Un texte du Nord sur les mérites des lampes, l'Anisong Phang Prathip, explique leur mèche à trois branches, appelée « patte de corbeau », par l'histoire d'une mère corbeau séparée de ses œufs, dont naîtront, dans le récit, les cinq Bouddhas du cycle cosmique actuel. On allume ces lampes au temple et autour de la maison, et pendant le grand sermon, on en allume une pour chaque stance du chapitre lu.

À l'entrée de nombreux temples, on dresse aussi des arches de troncs de bananier et de palmes de cocotier où pendent des lanternes. Ce sont les pratu pa, les « portes de la forêt » : elles célèbrent le retour du prince Vessantara après son exil en forêt.

Le lâcher des lanternes célestes repose sur une autre croyance. Des sources lanna, comme les archives de l'université Maejo, décrivent le lâcher de lanternes (le ballon à fumée, wao hom, le jour, et le wao fai la nuit) comme une offrande à Phra Ket Kaew Chulamani : la relique des cheveux que le Bouddha coupa en renonçant à sa vie de palais. La tradition bouddhique la place au ciel Tavatimsa, le paradis des trente-trois dieux. Une explication très répandue aujourd'hui est tout autre : la lanterne emporterait avec elle la malchance. Thitinadda Chinachan, chercheuse en culture lanna à l'Institut de recherche sociale de l'université de Chiang Mai, a soutenu dans un entretien accordé à Voice TV que cette lecture est récente et liée au tourisme, et que la pratique ancienne consistait à lâcher un seul ballon à fumée, au temple, pour tout le village. Les deux explications circulent à Chiang Mai ; les sources anciennes décrivent la première.

Deux histoires se rejoignent dans la fête que voient aujourd'hui les visiteurs. La plus ancienne est celle de Yi Peng : d'après l'université de Chiang Mai, une fête centrée sur le temple, sur le grand sermon et sur les lampes et lanternes décrites plus haut. L'autre appartient au XXe siècle. La même université situe l'arrivée à Chiang Mai de Loy Krathong, la coutume du centre du pays qui consiste à poser des krathongs sur l'eau, probablement à la fin des années 1910 ou dans les années 1920. Elle décrit ensuite une fête publique encouragée en ville à partir de la fin des années 1940, qui a pris de l'ampleur après l'ouverture sur place, à la fin des années 1960, d'une antenne de l'office national du tourisme (l'actuelle Tourism Authority of Thailand) ; elle note qu'à mesure que la fête se tournait vers les visiteurs, le sermon qui en était le cœur s'est peu à peu effacé de la vie des communautés. Les grands lâchers payants organisés hors de la ville relèvent de ces ajouts récents, pas de la tradition des temples.

Ce qu'on peut observer à Chiang Mai

L'essentiel ne demande ni billet ni programme. Dans les jours qui entourent la pleine lune, c'est dans les temples qu'il faut regarder, et voici ce qu'il faut y chercher.

Les formes. Repérez les lanternes à huit pans et à franges, les étoiles, les cylindres, et regardez si une lanterne abrite une flamme ou une ampoule.

Les lumières au ras du sol. Les lampes en terre cuite bordent les murs, les marches et la base des chedis, ces tours pleines qui abritent souvent des reliques.

Un chedi de brique à la flèche dorée, au-dessus d'une longue rangée de lanternes blanches suspendues, à franges de papier
Des lanternes suspendues au pied d'un chedi.

Les portes. Les arches de troncs de bananier et de palmes de cocotier, à l'entrée d'un temple, sont les portes de la forêt de l'histoire de Vessantara.

Une lanterne tournante. Vous en verrez bien moins que de lanternes suspendues. Si un temple ou une exposition en présente une, prenez une minute pour regarder défiler les ombres.

Les lanternes en vente. Les lanternes suspendues se vendent toute l'année, et Ban Mueang Sat passe pour le plus grand foyer de fabrication. Voir des lanternes célestes en vente ne veut pas dire qu'on a le droit d'en lâcher une là où l'on se trouve.

Avant d'aller à la fête

Cet article parle des objets et de leur sens. Pour les dates de 2026, le programme de la ville, les événements payants et les règles en vigueur sur les lanternes célestes et les éventuelles perturbations des vols, reportez-vous à notre guide de Yi Peng et Loy Krathong. Les règles sur les lanternes célestes sont fixées à nouveau chaque année : vérifiez-les peu avant votre voyage.

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Sources et vérification · octobre 2026

Cet article s'appuie sur les publications ci-dessous, principalement en thaï. Les sources thaïlandaises ne classent pas les lanternes d'une seule façon ; quand elles divergent, nous le disons. Nous ne donnons aucune date d'origine aux coutumes des lanternes : les sources n'en établissent pas.