Des plats préparés présentés sur des feuilles de bananier et dans de grandes bassines, sur le comptoir d'un marché couvert éclairé au néon

Cuisine · 27 septembre 2026 · 8 min de lecture

Comment mange Chiang Mai : une journée, du marché du matin aux étals du soir

Trois repas principaux qui portent un nom du Nord, et trois façons de se les procurer : un marché ouvert avant l'aube, un comptoir à midi, un sachet rapporté chez soi le soir.

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On écrit beaucoup sur ce qu'il faut manger à Chiang Mai. Cet article parle plutôt du moment, du lieu et de la manière. La ville mange selon un rythme approximatif : un marché du matin fait une grande partie de ses ventes dans ses premières heures, certaines échoppes qui vivent du petit-déjeuner et du déjeuner ont fermé au milieu de l'après-midi, et des plats introuvables à midi sont en vente à la sortie du travail. Connaître ce rythme explique une bonne part de ce qu'un visiteur remarque, y compris le rideau qui se baisse juste au mauvais moment.

Les plats eux-mêmes ont leurs propres articles sur ce site. Il est question ici du rythme qui les entoure : la façon dont le Nord découpe ses repas dans la journée, l'endroit où l'on achète d'ordinaire chacun d'eux, et la manière, pour qui ne fait que passer, de suivre l'horloge de la ville plutôt que de s'y heurter.

Trois repas, et leurs noms du Nord

La langue du Nord a ses propres mots pour les repas de la journée. Une base de connaissances de l'université de Chiang Mai consacrée à la culture lanna, qui s'appuie sur le spécialiste de la culture Sanan Thammathi, en compte trois principaux : le khao ngai le matin, le khao ton à midi et le khao laeng le soir. S'y ajoute le khao tho, un repas léger pris très tôt par ceux qui partent pour un travail pénible. Tous commencent par khao, le riz, un mot qui en thaï désigne aussi le repas en général.

Les marchés suivent le même vocabulaire. Kad est le mot du Nord pour marché. Selon un article de Chiang Mai News consacré aux marchés de la ville, paru en 2023, le kad chao (chao veut dire « matin ») est un marché du matin où l'on trouve viande, légumes et autres produits alimentaires, et le kad laeng un marché qui se tient de l'après-midi jusqu'au soir. Dans khao laeng comme dans kad laeng, laeng veut dire « soir » : le repas et le marché partagent le même mot.

Ces mots décrivent une habitude, pas une règle. Une ville faite de bureaux, d'écoles et de centres commerciaux ne garde pas intact un horaire de village, et beaucoup mangent quand leur journée le permet. Ce rythme général explique pourtant une bonne part de ce qu'on observe : pourquoi il vaut la peine d'arriver tôt au marché, pourquoi certaines échoppes sont fermées au milieu de l'après-midi, et pourquoi tant de nourriture apparaît à la fin de la journée de travail.

Khao ngai : le marché qui ouvre avant l'aube

Les achats de la journée commencent dans le noir. Le marché de la porte Chiang Mai, au sud de la vieille ville, en donne un bon exemple. Un site culinaire local qui le décrivait en 2023 indiquait une ouverture à quatre heures du matin, et citait ce qu'on vient y chercher de bonne heure : du riz gluant, du nam prik noom (une purée de piments verts pilés), de la saucisse sai ua et de la couenne de porc frite. Ce sont les éléments d'un petit-déjeuner du Nord, achetés prêts à manger et rapportés à la maison. Le même marché compte aussi des étals où l'on s'assoit pour un petit-déjeuner chaud.

Le matin est aussi le moment où le marché croise le temple. Les moines font leur tournée d'aumône tôt, et la même description de 2023 précise que la nourriture achetée au marché peut aller directement dans les bols des moines qui passent. Un témoignage plus ancien sur ce même marché, datant de 2013, décrit des vendeurs qui proposent des sachets d'offrandes tout prêts, justement pour cet usage : un foyer peut ainsi accomplir un acte de mérite, au sens bouddhique, sans avoir à cuisiner avant.

Pour un visiteur, la leçon tient à l'horaire : un marché du matin se découvre tôt, bien avant le début de la plupart des excursions. La tournée d'aumône est un acte religieux. Si vous y assistez, restez sur le côté, en silence, sans vous presser autour des moines pour une photo.

Khao ton : déjeuner au comptoir

À midi, deux types de boutiques assurent une bonne partie des repas. La première est la boutique de riz au curry, le khao gaeng : un comptoir de plats déjà cuisinés, présentés dans des bacs ou des marmites, parmi lesquels on en choisit un ou deux, versés sur une assiette de riz. Le comptoir tient lieu de carte. Vous regardez, vous montrez du doigt, et l'assiette se compose devant vous.

La seconde est la boutique où l'on cuisine à la commande, l'ahan tam sang, littéralement « la nourriture comme on la demande » : un wok, une courte liste de sautés, de riz frits et de plats servis sur du riz, chacun préparé au moment où on le commande. C'est plus lent que le comptoir de khao gaeng, et plus souple. À l'échelle du pays, aucun autre type de commerce ne pèse autant : dans l'enquête de 2021 de l'Office national de la statistique thaïlandais sur les comportements de santé, reprise dans un article de Chanchira Phosat et Rewadee Chongsuwat paru en 2026, les boutiques d'ahan tam sang arrivent juste après la cuisine faite à la maison comme principale source des repas.

Le comptoir de khao gaeng a une longue histoire, mais les archives qu'on cite à son sujet concernent le centre de la Thaïlande plutôt que le Lanna. Un article de 2021 du média thaïlandais THE STANDARD le rattache à l'ancienne habitude de manger à plusieurs autour d'un ensemble de plats, et cite des archives mentionnant, près de la cour d'Ayutthaya, ancienne capitale du Siam, des boutiques qui vendaient du riz et du curry aux fonctionnaires.

Comme les plats sont préparés à l'avance, le choix est en général plus large au début du service et se réduit à mesure que les bacs se vident. Pour un visiteur, c'est aussi l'un des repas les plus simples à commander sans langue commune : rien à lire ni à prononcer, il suffit de montrer.

Le creux de l'après-midi

Le milieu de l'après-midi est souvent un moment plus calme de la journée, et il est facile de mal l'interpréter. Certaines adresses du petit-déjeuner et du déjeuner ferment, d'autres continuent sans interruption. Le kad laeng, lui, ne s'installe que dans le courant de l'après-midi : entre la fermeture des adresses du midi et son ouverture, la ville semble entre deux services.

Ce qui circule pendant ces heures-là, ce sont surtout de petites choses : des boissons, des fruits coupés, des en-cas vendus depuis des charrettes et des devantures. C'est une pause entre deux repas : la ville n'a pas cessé de manger.

Une charrette à bras chargée de pastèques, de bananes et d'autres fruits sur un passage piéton, à côté de deux tuk-tuks, en plein jour

Concrètement, c'est le moment de la journée à consacrer à autre chose qu'à chercher une adresse précise. Déjeuner au milieu de l'après-midi, c'est souvent se contenter des derniers bacs d'un comptoir de khao gaeng, ou d'un restaurant ouvert toute la journée.

Khao laeng : le dîner dans un sachet

Pour savoir comment s'achète le repas du soir, la source la plus solide n'est pas un guide de voyage mais une étude. Entre 2006 et 2011, une équipe de l'université nationale australienne et de l'université ouverte Sukhothai Thammathirat, en Thaïlande, a étudié sept marchés de produits frais répartis dans les quatre grandes régions du pays, dont deux à Chiang Mai : celui de la porte Chiang Mai et le marché Tanin. Leur article, paru en 2013 dans la revue Public Health Nutrition, présente ses résultats pour l'ensemble des sept marchés, et non pour Chiang Mai seule : on y trouvait des vendeurs de plats cuisinés et emballés, notamment des légumes cuits, des fritures, des bols de curry, des sautés et des plats régionaux.

L'étude décrit aussi la clientèle qui va avec. Reprenant l'expression d'une autre chercheuse, les auteurs parlent de « plastic bag housewives », ces ménagères au sachet plastique qui achetaient souvent le repas du soir, emballé, sur le chemin du retour. Ils décrivent aussi des acheteurs qui faisaient leurs courses chaque jour et en petites quantités, afin que leurs produits restent frais, faciles à transporter et abordables.

Ce repas se compte en sachets de plastique noués : un curry, une soupe ou un sauté dans un sachet, le riz gluant dans un autre, le tout déballé dans des assiettes à la maison. Ce sachet peut venir d'un marché de produits frais, d'un comptoir de khao gaeng ou d'un kad laeng de l'après-midi. C'est une façon de manger parmi d'autres : comme le montre la section suivante, la plupart des habitants du Nord citent encore la cuisine faite à la maison comme principale source de leurs repas.

Un marché de nuit sous des guirlandes d'ampoules, avec des étals de nourriture, des tables basses et des tabourets en plastique où l'on s'assoit pour manger

Les marchés de nuit que les visiteurs connaissent le mieux fonctionnent à l'inverse : on y mange sur place, souvent à côté d'étals de vêtements et d'artisanat. Savoir lequel convient à tel ou tel soir est une autre question, à laquelle répond notre guide des marchés de nuit.

Le Nord cuisine toujours

Rien de tout cela ne veut dire que le Nord a cessé de cuisiner. Dans la même enquête nationale de 2021, 87,9 % des habitants de la région Nord citent la cuisine faite à la maison comme principale source de leurs repas, la proportion la plus élevée du pays, contre 56,1 % à Bangkok et 76,9 % pour l'ensemble de la Thaïlande. Le chiffre régional inclut les provinces rurales : il en dit donc plus sur le Nord que sur les rues qui entourent la vieille ville de Chiang Mai. Il corrige tout de même l'image d'une vie urbaine thaïlandaise où l'on mangerait dehors à chaque repas.

À l'échelle du pays, la tendance va vers moins de cuisine maison, mais lentement. Une étude de 2026, signée Sumaira Zafar et ses coauteurs, cite des chiffres des enquêtes sur les ménages de l'Office national de la statistique : la part des dépenses alimentaires consacrée aux repas préparés à la maison est passée de 64 % en 2000 à environ 58 % en 2021, tandis que celle des plats tout prêts et des repas pris dehors montait de 36 % à environ 42 %. La même étude constate que la cuisine domestique reste majoritaire dans la plupart des provinces du Nord et du Nord-Est, tout en reculant peu à peu.

Au marché, les deux habitudes cohabitent. L'étude de 2013 relève des pâtes de curry vendues en portions d'un seul repas et de petits sachets de légumes préparés pour une soupe, à côté des currys déjà cuisinés. Un foyer peut cuire le riz et un plat, et acheter le reste : c'est ainsi que l'habitude du Nord (plusieurs plats partagés autour d'un seul panier de riz gluant) tient bon malgré la semaine de travail.

Un passage couvert de marché qui débouche sur une rue animée en plein jour, où des passants portent des sacs et un homme pousse un diable

La place du visiteur

Les marchés de nuit sont la partie de ce rythme que les visiteurs voient le plus souvent. Le reste est ouvert à tous, et ne demande que de décaler sa journée.

Tôt le matin. Le marché du matin est souvent ce que les visiteurs voient le moins, et pourtant ce qui en dit le plus sur la manière dont la ville se nourrit. Il suffit de se lever tôt, sans programme : traverser le marché et acheter quelque chose de prêt à manger.

À midi. Au comptoir de khao gaeng, le repas se choisit du doigt : c'est l'un des plus simples quand on ne partage pas de langue commune. Venez en début de service, quand les bacs sont encore pleins, plutôt qu'à la fin.

Au milieu de l'après-midi. Prévoyez autre chose qu'un repas. C'est l'heure des fruits, des boissons et des en-cas, et un mauvais moment pour chercher une adresse précise.

Le soir. Achetez votre dîner à emporter, dans un kad laeng ou à un comptoir de khao gaeng. Un curry en sachet et une portion de riz gluant, mangés là où vous logez, forment le même genre de repas que celui que rapportent chez eux les gens autour de vous. Si vous préférez manger dehors, le guide des marchés de nuit vous dit où.

Des brochettes et des poissons grillés disposés sur des feuilles de bananier sur un étal du soir, avec une pancarte écrite à la main en anglais, en chinois et en thaï

Rien de tout cela ne demande de visite guidée. Si vous voulez quelqu'un pour mettre un nom sur ce qui se trouve sur les étals, un cours de cuisine qui commence par la visite d'un marché est une façon encadrée de le découvrir en pleine activité.

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