Histoire & patrimoine · 2 septembre 2026 · 14 min de lecture
Pourquoi les temples de Chiang Mai ne se ressemblent pas : guide de lecture de l'architecture lanna
Toiture, chedi, matières. Trois choses à regarder, quatre couches historiques à distinguer, et les mots des panneaux.
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Parce qu'un temple lanna n'est pas un style, c'est un empilement. Lanna désigne ici l'ancien royaume du Nord, centré sur Chiang Mai à partir de 1296, et la tradition architecturale qui s'y est développée. Chiang Mai construit des temples depuis sept siècles : par-dessus un royaume môn conquis en 1281, à travers deux siècles de domination birmane, aux côtés d'une communauté shan amenée par le commerce du teck, puis pendant cent ans sous l'administration de Bangkok. Chacune de ces couches a laissé des bâtiments debout, souvent dans la même cour. Ajoutez qu'un wat n'est pas un bâtiment mais un enclos qui en contient quatre ou cinq, d'époques différentes, et rien n'a jamais obligé l'ensemble à s'accorder.
La bonne nouvelle, c'est que ces différences se lisent, et que trois d'entre elles font presque tout le travail : la forme de la toiture, la forme du chedi, et la matière des surfaces. Ce qui suit est un guide de lecture plutôt qu'un classement : l'ordre dans lequel regarder, les mots qu'emploient les panneaux, les quatre couches qui expliquent ce que vous avez sous les yeux, les erreurs à désapprendre en premier, et l'endroit de Chiang Mai où le sujet s'enseigne pour de bon.
La réponse en trente secondes : toiture, chedi, matières
Trois choses portent presque toute l'information, et les trois se lisent depuis la cour, avant même d'avoir retiré ses chaussures.
La toiture d'abord. Une salle d'assemblée lanna se reconnaît à ses proportions plus qu'à sa pente. Elle est plus large que haute, ses murs sont bas, sa toiture retombe de chaque côté en deux ou trois niveaux superposés, et l'avant-toit descend très bas, parfois presque à hauteur d'homme. Reculez de dix pas : le bâtiment a l'air accroupi. Des murs hauts, de grandes fenêtres et une toiture qui démarre bien au-dessus de la tête indiquent le plus souvent le style thaï central, celui de Bangkok. L'année 1899 est un repère administratif dans l'intégration du Nord au Siam, pas une frontière architecturale. L'influence de Bangkok était déjà présente avant, et elle s'est renforcée ensuite, notamment à la faveur des reconstructions.
Le chedi ensuite : la tour de brique ou d'or qui abrite une relique. Sa forme est ce qui s'approche le plus d'une date gravée sur le bâtiment, parce qu'on ne redessine presque jamais un chedi de fond en comble. On le répare, on le rhabille, on le redore, mais sa géométrie est fixée par ce qui est enterré dedans. Cinq formes couvrent l'essentiel du Nord, et chacune appartient à une époque et à une provenance.
Les matières enfin. Teck sculpté, laque rouge ou noire et pochoir d'or : c'est le travail du Nord. Mosaïque de miroirs qui accroche le soleil, stuc blanc à filets d'or bien nets, naga de béton moulé (le serpent mythique des balustrades) avec sa couture dans le dos : XXe siècle, souvent les trente dernières années. Rien de tout cela ne rend un temple faux. Cela date l'argent, pas la foi.
La toiture
Basse, large, en niveaux superposés : lanna. Haute, au-dessus de murs hauts et de grandes fenêtres : le plus souvent style thaï central, ou reconstruction moderne
Le chedi
Sa forme donne l'époque. L'or qui le couvre donne la date de la dernière restauration
Les matières
Teck sculpté et pochoir d'or sur laque : lanna. Mosaïque de miroirs et béton moulé : XXe siècle
La grande salle
Au Nord, c'est le wihan, et c'est lui qui porte les peintures murales, pas la salle d'ordination
Les lions du portail
Des singha de stuc trapus, gueule ouverte : goût birmano-shan, financés le plus souvent par le commerce du teck
Le sommet du chedi
Une ombrelle métallique à étages garnie de clochettes : birman. Une flèche annelée qui s'effile : lanna
Un wat n'est pas un bâtiment : ce que nomment les panneaux
La moitié de la confusion vient du mot temple. Un wat est un enclos et une institution qui fonctionne : monastère, école, crématorium, salle des fêtes du quartier, parfois parking. Les bâtiments qu'il contient ont été élevés à des dates différentes par des donateurs différents, chacun faisant son mérite, et rien n'a jamais exigé qu'ils s'accordent entre eux.
C'est la première raison pour laquelle les temples ne se ressemblent pas, et la deuxième raison pour laquelle un même temple ne se ressemble pas à lui-même. Le Wat Phra Singh a une fondation du XIVe siècle, une petite salle latérale qui abrite la plus belle charpente lanna de la vieille ville, et un grand wihan à l'avant de l'enclos dont le toit ne dépayserait personne à Bangkok. Les trois affirmations sont vraies en même temps, et aucun panneau ne l'explique.
Les panneaux emploient des mots thaïs, translittérés différemment d'un temple à l'autre : wihan, viharn et vihara désignent le même bâtiment. Voici ceux qui servent dès la première visite ; le reste peut attendre.
Wat (วัด)
L'enclos entier : salles, tour, logements des moines, école, mur
Wihan, viharn (วิหาร)
La salle d'assemblée, ouverte à tous. Au Nord c'est le bâtiment principal, et c'est lui qui porte les peintures
Ubosot, bot (อุโบสถ)
La salle d'ordination, réservée aux affaires monastiques. Plus petite, et entourée de huit bornes
Sema, bai sema (ใบเสมา)
Ces bornes, justement. C'est à elles qu'on distingue un ubosot d'un wihan d'un coup d'œil
Chedi (เจดีย์)
La tour-reliquaire. La raison pour laquelle le wat est à cet endroit et pas à un autre
That (ธาตุ)
Une relique. Phra That dans un nom signifie que le lieu en revendique une, comme au Wat Phra That Doi Suthep
Ku (กู่)
Le vieux mot du Nord pour une tour-reliquaire, conservé dans Wat Ku Tao et Wat Ku Kut
Mondop (มณฑป)
Pavillon carré à flèche, abritant un seul objet : une empreinte, un manuscrit, une image
Ho trai (หอไตร)
La bibliothèque des textes, sur pilotis ou sur socle maçonné, à l'écart de l'humidité et des termites
Ho rakhang (หอระฆัง)
Le clocher
Kuti (กุฏิ)
Les logements des moines, en général les bâtiments les plus sobres du site
Si vous n'apprenez à lire qu'un élément, lisez la toiture. Tout ce que sait la charpente du Nord y est, et c'est la première chose qu'une rénovation change.
Sa forme vient de ce qui se passe dessous. Un wihan du Nord est une salle unique où l'on s'assoit par terre : pas de chaises, pas d'étage, des colonnes qui portent tout et des murs qui ne portent presque rien. Une salle pareille peut se permettre des murs bas et un toit large, et sous une pluie chaude et abondante elle les réclame : l'avant-toit rejette l'eau loin du soubassement et garde le mur à l'ombre toute la journée. Les niveaux superposés répondent à une contrainte simple. Sur une salle aussi large, une pente unique assez forte pour la pluie ferait monter le faîtage très haut si l'on voulait garder l'avant-toit aussi bas. Découper la toiture en deux ou trois niveaux permet de conserver une bonne pente sans renoncer à des avant-toits bas, et chaque niveau reçoit son faîtage et ses ornements. La phrase qu'on entend partout, celle de l'oiseau qui abrite l'assemblée, dit l'intention et le symbole ; la contrainte de charpente dit la géométrie. Les deux lectures se complètent.
Ces pièces ont des noms, et ce sont les mêmes sur le panneau du temple, dans le rapport de restauration et dans le programme de l'université. En connaître une poignée suffit à faire d'un wat, au lieu d'un joli flou, une série de décisions.
Le test de terrain le plus rapide n'est pas la pente du toit mais la hauteur du mur. Le Nord garde des murs bas et des ouvertures étroites : l'intérieur reste sombre et l'or se lit dans des rais de lumière. À partir du XIXe siècle, l'influence de Bangkok se traduit notamment par des murs plus hauts, de plus grandes fenêtres et une toiture placée plus haut. Quand vous entrez dans une salle du Nord claire, haute et aérée, vous êtes presque toujours dans une reconstruction tardive, XIXe ou XXe siècle, quelle que soit la date de fondation inscrite sur la plaque.
Cho fa (ช่อฟ้า)
Le fleuron crochu à chaque extrémité du faîtage ; « bouquet du ciel », lu le plus souvent comme un bec d'oiseau
Pan lom (ป้านลม)
La planche de rive qui descend le long du pignon : elle retient les tuiles et encaisse le vent
Hang hong (หางหงส์)
La queue de cygne ou tête de naga au pied de chaque planche de rive. Chaque niveau de toiture a la sienne
Hu chang (หูช้าง)
« Oreilles d'éléphant » : les consoles sculptées qui remplissent l'angle sous l'avant-toit
Nak sadung (นาคสะดุ้ง)
La rampe en naga ondulant qui descend l'escalier d'entrée
Kong khiu (โก่งคิ้ว)
Le lambrequin cintré au-dessus de la porte, lu comme le sourcil du Bouddha
Lai kham (ลายคำ)
Pochoir d'or sur laque rouge ou noire : la finition intérieure du Nord, et le nom de la plus belle salle du Wat Phra Singh
Pyatthat
Toiture-flèche à étages au-dessus d'une salle ou d'un trône. Birmane et shan, pas lanna : là où il y en a une, quelqu'un venu de l'autre côté de la frontière a construit ou payé
Quatre couches, pas un style
Aucune description unique ne tient, parce que quatre traditions ont bâti ici, l'une après l'autre, et que les quatre ont laissé des bâtiments debout.
La couche môn est la plus ancienne et la moins visible depuis Chiang Mai. Avant que Mangrai ne la prenne en 1281, la plaine appartenait à Hariphunchai, royaume môn centré sur l'actuelle Lamphun, avec cinq siècles de construction en brique derrière lui. Sa signature : un chedi en pyramide à gradins, avec des bouddhas debout dans des niches à chaque étage, rien à voir avec la cloche qui viendra ensuite. Le royaume de Lanna a absorbé Hariphunchai, et avec lui ses maçons et leurs habitudes.
Le lanna classique, ce sont les XIVe–XVIe siècles, la période que le mot désigne d'ordinaire : le chedi en cloche sur base à redents, arrivé par Sukhothaï et derrière lui Sri Lanka ; le wihan bas en teck ; les intérieurs lai kham ; et, sous Tilokarat au XVe siècle, l'ambition de bâtir la chose la plus haute de la région. Presque aucune charpente de cette période n'a survécu. La maçonnerie, si : c'est pourquoi le chedi est le témoin honnête.
Puis la Birmanie, deux fois et de deux manières très différentes. La domination politique de 1558 aux années 1770, qui construit peu et détruit beaucoup. Puis le boom du teck de la fin du XIXe siècle, qui amène à Chiang Mai et à Lampang des ouvriers, des marchands et des artisans shans et birmans, avec de quoi fonder leurs propres temples. Le Wat Pa Pao, à l'angle nord-est de la vieille ville, a été fondé pour cette communauté en 1883 par le septième prince de Chiang Mai et son épouse shan. Les toitures pyatthat à étages, les gros lions de stuc et les ombrelles métalliques de la ville sont à eux, pas au lanna.
La quatrième couche, c'est Bangkok, et c'est celle que les visiteurs lisent le plus souvent de travers. Le Siam intègre administrativement le Lanna à la fin du XIXe siècle ; les formes de Bangkok suivent, puis le béton armé, puis la mosaïque de miroirs. L'âge d'un wat n'est pas celui de chacun de ses bâtiments, et beaucoup de ce qu'on y voit est bien postérieur à la fondation. Certaines grandes salles relèvent des campagnes de reconstruction engagées après le repeuplement de 1796 ; d'autres ont été refaites plus tard encore. Depuis les années 1980, une cinquième chose s'ajoute par-dessus : un revival lanna assumé, dans les temples comme dans les hôtels et les bâtiments publics, qui cite le vocabulaire ancien à une autre échelle et dans d'autres matériaux.
Avant 1281
Hariphunchai, môn : brique, chedis à gradins avec bouddhas en niches, autour de Lamphun
1296
Fondation de Chiang Mai ; les premiers temples s'élèvent dans les nouveaux murs
XIVe–XVIe s.
Lanna classique : chedi en cloche sur base à redents, wihan bas en teck, intérieurs lai kham
1391–1475
Le Chedi Luang est bâti puis agrandi à environ 82 m, la plus haute construction du royaume
1545
Un séisme emporte le sommet du Chedi Luang ; il n'a jamais été remplacé
1558–1774
Domination birmane. On construit peu, on perd beaucoup
À partir de 1796
Kawila repeuple la ville : la plupart des salles debout aujourd'hui datent de cette reconstruction
1880–1910
Boom du teck : artisans et donateurs shans et birmans, et temples à leur manière
À partir de 1899
Intégration administrative au Siam : formes de Bangkok, puis béton, puis mosaïque de miroirs
Depuis les années 1980
Revival lanna assumé, porté autant par le tourisme et l'identité locale que par les monastères
Le chedi donne la date : cinq formes
Une salle se reconstruit ; un chedi se répare. C'est cette asymétrie qui fait de la tour l'objet le plus fiable de la cour : on peut la rhabiller, la redorer, l'entourer d'une grille, mais sa géométrie est fixée par ce qui est enfoui dedans. Apprenez cinq formes et la plupart des chedis du Nord se placeront tout seuls.
Deux avertissements avant la liste. La dorure est un entretien, pas une date : un chedi couvert de cuivre qui brille ce matin peut avoir six siècles dessous. Et un chedi tronqué n'est pas un chedi négligé. Un monument-reliquaire reste sacré en ruine, et c'est précisément pour cela que personne n'a jamais terminé la flèche manquante du Chedi Luang.
La pyramide à gradins
Môn, Hariphunchai, avant 1281
Carrée, étagée, avec des bouddhas debout dans des niches à chaque niveau. Le Wat Chamathewi de Lamphun, le Wat Ku Kut pour les gens d'ici, est la référence : 21 m, cinq étages, trois bouddhas par face, soixante en tout, les images conservées ayant été refaites en 1218 après un séisme. À trente minutes de Chiang Mai, et presque personne n'y va.
La cloche sur base à redents
Lanna classique, XIVe–XVIe s.
Terrasses carrées, puis une base en tour dont les angles sont creusés, puis la cloche, puis une flèche annelée. C'est la forme que les gens désignent en disant « chedi lanna ». Le Wat Phra That Doi Suthep et le Wat Phra That Lampang Luang en sont les cas d'école ; la feuille d'or est postérieure à la géométrie.
Le chedi aux éléphants
Chedi chang lom, emprunt à Sukhothaï
Des éléphants engagés dans le soubassement, avant-train dehors, qui semblent porter le monument. Le Wat Chiang Man en compte quinze sous une cloche dorée, et il passe pour le plus vieux chedi de la vieille ville. Le Chedi Luang montre la même idée à l'échelle de la ruine. La forme est montée vers le nord avec le répertoire cinghalais de Sukhothaï.
La pile de sphères
Shan, birman et yunnanais, XVIIe s.
Cinq globes décroissants empilés, passés à la chaux. Le Wat Ku Tao, au nord des douves, est le seul vrai exemple en ville : bâti en 1613 sur les cendres d'un souverain birman du Lanna, et toujours le temple de la communauté shan de Chiang Mai. Les habitants l'appellent le chedi pastèque, et c'est exactement ça.
Le doré et le miroir
Époque Bangkok et après, XXe–XXIe s.
Proportions plus nerveuses, noyau de béton, surfaces de feuille d'or et de mosaïque de miroirs colorés qui scintillent à 200 mètres. L'ubosot d'argent du Wat Sri Suphan et le vaste ensemble du Wat Ban Den en sont la version contemporaine, franche et sans complexe. À lire comme de l'architecture vivante, pas comme du faux.
Six erreurs à désapprendre en premier
Ce sont les erreurs de lecture qui nous ont coûté le plus de temps sur le terrain, à peu près dans l'ordre où nous les avons faites. Dans le tableau ci-dessous, la colonne de gauche donne l'idée fausse ; celle de droite, ce qu'il faut lire à la place.
L'or veut dire ancien
L'or veut dire financé et entretenu. Feuille, miroir et plaques de cuivre se renouvellent tous les quelques décennies ; la brique la plus nue de la cour est en général la chose la plus vieille qui s'y trouve
La grande salle est la salle d'ordination
Au Nord c'est le wihan, ouvert à tous, et c'est lui qui porte les peintures. L'ubosot est le petit bâtiment entouré de huit bornes
Ce temple date de 1296
La fondation, oui. Le bâti, presque jamais : le teck, les termites, les incendies et le mérite qu'il y a à reconstruire font que la plupart des salles debout sont du XIXe ou du XXe siècle
Celui-là fait birman par accident
Il est birman, ou shan, et c'est délibéré : payé par le commerce du teck, par une congrégation shan, ou par un souverain birman enterré dessous
Un chedi cassé, c'est de l'abandon
Le Chedi Luang est décapité depuis 1545. La restauration des années 1990, soutenue par l'UNESCO et le Japon, s'est délibérément arrêtée avant de refaire une flèche dont personne n'a le dessin
Blanc et or, donc lanna
Le stuc blanc à filets d'or nets au-dessus de murs hauts relève en général du style thaï central. Vérifiez la hauteur du mur et des fenêtres avant de conclure
Chiang Mai n'est pas tout le Lanna
Chiang Mai était la capitale, pas le royaume, et ce n'est pas là que l'architecture lanna est la mieux conservée. Deux heures dans la bonne direction apprennent plus qu'un troisième jour dans les douves.
La raison n'a rien de romantique. Chiang Mai est riche et active depuis des siècles, à l'exception des deux décennies d'abandon qui ont précédé le repeuplement de 1796, et un temple riche et actif se rénove : toit neuf, sol neuf, naga de béton neuf. Ce sont les endroits que l'économie a laissés de côté qui ont gardé leurs charpentes : d'où le fait que l'ensemble lanna le plus complet se trouve dans un village à côté de Lampang, et nulle part dans la capitale de province.
Lamphun, 30 min
Le substrat môn : les pyramides à gradins du Wat Chamathewi et le grand chedi du Wat Phra That Hariphunchai
Lampang, 1 h 30
Le Wat Phra That Lampang Luang, dont le Wihan Luang ouvert de 1476 passe pour le plus vieux bâtiment en bois de Thaïlande
Hang Dong, 30 min
Le Wat Ton Kwen, bâti en 1856–1858 et laissé tranquille depuis : un petit ensemble de bois du XIXe siècle avec son mondop cruciforme
Chiang Saen, 3 h
Le lanna des débuts, en brique, sur le Mékong, d'où venait la dynastie avant Chiang Rai
Nan, 5 h
La salle cruciforme du Wat Phumin et ses peintures taï lue : la même tradition qui pense dans un autre plan
Mae Hong Son, 6 h
La Birmanie shan sans mélange : toitures pyatthat à étages en tôle, chaux blanche, et pas un pignon lanna
Exercice de terrain : trois siècles en une matinée
Voici l'exercice que nous ferions vraiment, à pied, en une demi-journée dans les murs. Il est ordonné pour montrer les couches et non les vedettes, ce qui veut dire qu'il ne commence pas par le bâtiment le plus célèbre.
À chaque arrêt, regardez dans le même ordre : toiture, puis chedi, puis matières. Dites à voix haute de quel siècle relève chaque élément. Vous vous tromperez, le bâtiment suivant vous corrigera, puis vous aurez raison. C'est la méthode, et il n'y en a pas de plus rapide.
Quinze éléphants sous une cloche dorée, sur base carrée : la forme empruntée à Sukhothaï, à l'échelle du Nord. Deux wihan côte à côte, de dates différentes, permettent de comparer un toit lanna bas et un toit rénové plus haut dans la même cour. Calme, et presque vide le matin.
Wat Chedi Luang
Dix minutes plus au sud : la ruine comme preuve
De la brique sans peau : on lit la construction directement, terrasses à gradins, angles à redents, éléphants au soubassement, niches à bouddhas debout. Commencé en 1391, agrandi à environ 82 m en 1475, décapité par le séisme de 1545, stabilisé autour de 60 m dans les années 1990 et laissé inachevé exprès.
Wat Phra Singh
Cinq minutes à l'ouest : la leçon de charpente
Oubliez un instant le grand wihan à l'avant de l'enclos et allez au Wihan Lai Kham, au fond : murs bas, intérieur sombre, pochoir d'or sur laque rouge, peintures des années 1820. Ressortez et comparez le toit sous lequel vous venez de passer avec celui du grand wihan. Cette comparaison, c'est tout l'article dans une seule cour.
Wat Ku Tao
Dix minutes au nord des douves : l'autre frontière
Cinq sphères blanchies empilées sur les cendres d'un souverain birman, 1613, dans un temple shan en activité où le vocabulaire du pignon lanna est totalement absent. Vingt minutes ici, et la couche birmano-shan devient visible partout ailleurs.
Wat Ton Kwen
En option, 20 min au sud en scooter
Wat Inthrawat sur la carte, Wat Ton Kwen sur le panneau. Bâti en 1856–1858 et jamais modernisé : un petit wihan de bois et un mondop cruciforme à quatre porches, classé depuis 1983 et primé par l'Association des architectes siamois en 1989. L'idée la plus nette de ce à quoi ressemblait la vieille ville avant qu'elle ne s'enrichisse.
Où cela s'enseigne vraiment : le centre d'architecture lanna de la CMU
À Chiang Mai, le sujet n'est pas du folklore, c'est une discipline universitaire. La faculté d'architecture de l'université de Chiang Mai, créée en 1995 et érigée en faculté de plein exercice en 2000, enseigne l'histoire de l'architecture lanna, sa conservation et son application contemporaine : l'évolution de la tradition depuis ses origines jusqu'à ce qui se construit aujourd'hui, plutôt qu'un catalogue figé de temples.
La faculté tient aussi la partie où un visiteur peut entrer. Le centre d'architecture lanna occupe le Khum Chao Burirat Maha In, sur Ratchadamnoen Road : une demeure bâtie entre 1889 et 1893 pour un petit-fils du troisième prince de Chiang Mai, remise à l'université le 9 mars 2001. Sa mission est de collecter, conserver et exposer l'architecture lanna du passé au présent, et il fait mieux que l'exposer : le bâtiment est lui-même l'étude de cas. Brique et stuc en bas, teck en haut, un plan occidental à deux niveaux greffé sur une maisonnée du Nord : exactement l'hybridation que les temples ont traversée, à l'échelle domestique, au moment où elle avait lieu.
Une demi-heure là, avant ou après la promenade de la section précédente, est la demi-heure d'architecture la mieux investie de la ville, et c'est à cinq minutes du Wat Chedi Luang. Entrez-y en vous attendant à un centre d'étude plutôt qu'à un musée : les cartels sont inégaux en anglais, et le lieu sert aussi aux étudiants.
Les informations pratiques bougent, et c'est le seul endroit de cet article où nous ferions davantage confiance à un coup de téléphone qu'à une source imprimée : les horaires sont annoncés du mardi au dimanche, à peu près de 9 h à 16 h, et l'entrée est donnée tantôt gratuite, tantôt à quelques dizaines de bahts selon la source et l'année. Le centre ferme aussi sans préavis pour des cours ou des visites de groupe.
Ce que c'est
Le centre d'architecture lanna, tenu par la faculté d'architecture de l'université de Chiang Mai
Où
Khum Chao Burirat Maha In, 117 Ratchadamnoen Road, Phra Singh, dans la vieille ville
Le bâtiment
Une demeure de 1889–1893, brique et stuc en bas, teck en haut ; donnée à l'université en 2001
Quand
Annoncé du mardi au dimanche, environ 9 h – 16 h, fermé le lundi ; appelez, il ferme pour les cours
Entrée
Donnée gratuite par certaines sources, payante symboliquement par d'autres : prévoyez de la petite monnaie
À pied
Environ cinq minutes du Wat Chedi Luang, dix du Wat Phra Singh
Sources, et ce qui reste discuté
Cet article repose sur trois types de sources, qui se contredisent utilement. Les chroniques du Nord, qui donnent les fondations, les rois et les dates, et qui ont été écrites pour établir une légitimité, pas une architecture. Les classements et les rapports de restauration du Département des beaux-arts, qui donnent le bâti et les interventions. Et les travaux savants (l'histoire du Lanna de Sarassawadee Ongsakul, le panorama de l'art et de l'architecture du Nord de Michael Freeman, les publications de la faculté d'architecture de l'université de Chiang Mai), qui réconcilient les deux, imparfaitement. Tout ce qui figure dans le guide de lecture ci-dessus peut aussi se vérifier debout devant le bâtiment, et c'est bien pour cela qu'il est écrit ainsi.
La plus grande limite est matérielle. Presque aucun bâtiment en bois du Nord n'est antérieur au XVIIIe siècle : le teck brûle, les termites mangent, la mousson pourrit, et reconstruire une salle est en soi un acte de mérite, si bien qu'on remplace plutôt qu'on ne conserve. Le Wihan Luang de Lampang, daté de 1476, est l'exception que tout le monde cite, et même lui est réparé sans interruption depuis cinq cents ans. Quand un panneau annonce le XIVe siècle, il veut presque toujours dire une fondation du XIVe siècle sous un bâti postérieur.
La deuxième limite, c'est que la restauration efface les preuves. Le repeuplement de Kawila à partir de 1796 a reconstruit une grande partie du bâti religieux en une génération ; le XXe siècle a ajouté le béton et le miroir ; l'ère touristique a ajouté l'or. Ce que nous lisons avec assurance comme un style est souvent le goût de la dernière rénovation, et dater un chedi à sa peau est une erreur de débutant que nous avons commise plusieurs fois.
La troisième, c'est que « style lanna » est en partie une catégorie moderne. L'étiquette s'est durcie au XXe siècle et elle est activement promue depuis les années 1980, pour les temples comme pour les hôtels et les bâtiments publics. C'est un raccourci commode, et cet article l'emploie d'un bout à l'autre, mais il gomme les variations régionales et prête à l'ensemble une cohérence que les chroniques n'ont jamais affirmée : sur le terrain, ce fut une série d'emprunts à Sukhothaï, à Sri Lanka, à la Birmanie, aux Taï Lue et à Bangkok.
Certains points restent franchement discutés : les dates exactes des chedis rebâtis après séisme, l'attribution de telle ou telle salle, et l'identité du souverain birman dont les cendres reposent au Wat Ku Tao. Là où les sources divergent, nous l'avons dit plutôt que de choisir la version la plus nette.
Faire la promenade avec quelqu'un qui a le vocabulaire
La balade des temples de la vieille ville couvre les trois premiers arrêts de l'exercice ci-dessus, dans le même ordre : Wat Chiang Man, puis Wat Chedi Luang, puis Wat Phra Singh. Le guide vaut son prix ici pour une raison précise : s'entendre dire, devant le bâtiment, ce qui est d'origine et ce qui relève de la dernière rénovation. C'est le jugement le plus difficile à porter seul, et celui qui rend tout le reste lisible.
Chargement des dates et des prix…
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Questions fréquentes
Comment reconnaît-on un temple lanna ?
À la toiture d'abord : une salle d'assemblée lanna a un toit bas et large, en deux ou trois niveaux superposés, avec un avant-toit qui descend très bas et des murs qui restent bas, si bien que l'intérieur est sombre. Ensuite au chedi : une cloche sur une base carrée à redents, c'est du lanna classique. Enfin à la finition : teck sculpté et pochoir d'or sur laque rouge ou noire, ce qu'on appelle le lai kham. Des murs hauts, de grandes fenêtres et une toiture qui démarre haut relèvent plutôt du style thaï central, celui de Bangkok, et signalent le plus souvent une reconstruction tardive.
Quelle différence entre un wihan et un ubosot ?
Le wihan est la salle d'assemblée, ouverte à tous ; dans le nord de la Thaïlande, c'est le plus grand bâtiment de l'enclos et c'est lui qui porte les peintures murales. L'ubosot est la salle d'ordination, réservée aux cérémonies monastiques : plus petit, il est entouré de huit bornes appelées sema. Ces bornes sont le test fiable : pas de sema, pas d'ubosot. En Thaïlande centrale l'accent est inversé, et c'est pourquoi les visiteurs venus de Bangkok cherchent les peintures dans le mauvais bâtiment.
Pourquoi certains temples de Chiang Mai ont-ils l'air birmans ?
Parce qu'ils le sont. Deux vagues distinctes ont laissé des bâtiments birmans et shans dans le Nord : deux siècles de domination birmane à partir de 1558, puis le boom du teck de la fin du XIXe siècle, qui a amené à Chiang Mai et à Lampang des ouvriers, des marchands et des artisans shans et birmans capables de fonder leurs propres temples. Le Wat Pa Pao a été fondé en 1883 pour la communauté shan de la ville, et le chedi en sphères empilées du Wat Ku Tao, bâti en 1613, n'a rien de lanna. Toitures pyatthat à étages, gros lions de stuc et ombrelles métalliques à clochettes sont les indices.
Les temples de Chiang Mai ont-ils vraiment 700 ans ?
Les fondations, oui ; les bâtiments, en général non. Le teck brûle, les termites mangent, la mousson pourrit, et reconstruire une salle vaut mérite : on remplaçait plutôt qu'on ne conservait. Presque aucun bâtiment de bois du Nord n'est antérieur au XVIIIe siècle, et la plupart des salles debout à Chiang Mai datent de la reconstruction de la ville après 1796 ou du XXe siècle. La maçonnerie tient mieux : les chedis, les soubassements de brique et quelques murs sont réellement anciens, d'où l'intérêt de dater le chedi plutôt que la salle.
Qu'est-ce qu'un chedi chang lom ?
Un chedi aux éléphants : une tour-reliquaire dont le soubassement est garni d'éléphants engagés, avant-train saillant, si bien que le monument semble reposer sur eux. L'idée est arrivée au Lanna par Sukhothaï, qui la tenait de modèles cinghalais. Le Wat Chiang Man en offre l'exemple le plus net à Chiang Mai, quinze éléphants sous une cloche dorée, et la base ruinée du Wat Chedi Luang montre la même disposition à bien plus grande échelle.
Où apprendre l'architecture lanna à Chiang Mai ?
Au centre d'architecture lanna, tenu par la faculté d'architecture de l'université de Chiang Mai, qui enseigne l'histoire, la conservation et l'application contemporaine de l'architecture lanna. Le centre occupe le Khum Chao Burirat Maha In, au 117 Ratchadamnoen Road, dans la vieille ville : une demeure de 1889–1893 remise à l'université en 2001, qui vaut la visite pour elle-même comme hybride entre construction du Nord et construction occidentale. Les horaires sont généralement annoncés du mardi au dimanche, environ 9 h – 16 h, mais le lieu ferme pour les cours : téléphonez avant de traverser la ville.